Lorsque
l’on débarque sur l’île pour la première fois, on est surpris par le métissage
et la tolérance de cette population réunionnaise multiraciale de 730.000
habitants .
40% sont des
créoles blancs issus des premiers colons européens ; puis viennent
les descendants des esclaves africains et malgaches appelés familièrement
les « cafres », puis les indiens, travailleurs engagés,
qui sont : soit hindouistes Tamouls, les « Malbars »,
(originaires de la cote de Malabar), soit musulmans et nommés les
« z’arabs » sans aucune connotation raciste ; ceux-ci vivent
un islam paisible et prospèrent dans l’industrie textile ; et enfin
les Chinois arrivés au 19ème siècle, commerçants dans
l’âme, et les derniers immigrants Comoriens et Malgaches.
Les blancs métropolitains, les « zoreils », en majorité
fonctionnaires apportent leur part au métissage de la population.
La langue officielle
est le français mais tous les Réunionnais parlent créole, langue très imagée
et agréable à l’oreille.
Bien que le
catholicisme soit pratiqué par 95% des insulaires, les hindouistes,
les bouddhistes et les islamistes s’adonnent à leur croyance
en toute sérénité. Leurs temples colorés
et abondamment ornés de divinités et de symboles, leurs mosquées n’ont rien à envier aux églises claires et accueillantes ; les petits autels
fleuris et les sanctuaires dédiés à St Expédit,
que l’on découvre au bord d’un chemin, au détour d’un virage, témoignent
de l’omniprésence de la foi sur ce petit bout de terre perdu au milieu
de l’océan indien. Les cimetières sont de véritables jardins fleuris.
Ce département
d’outre-mer, grand comme 1/3 de la Corse, forme avec les îles Maurice et
Rodrigue, l’archipel volcanique des Mascareignes. Situé sur la fameuse route
des Indes, il fût redécouvert au 16ème siècle par le navigateur
portugais Pédro Mascaranehas. En effet, les Arabes le connaissaient dès
le Moyen-Age. En1638 la France prend possession de l’une d’elles et lui
donne le nom de Bourbon.
L’île va connaître
des périodes successives d’opulence et de crise.
Le peuplement
commence en 1643 avec des mutins malgaches exilés dans cette prison naturelle.
Puis la France concède l’île à la Compagnie des Indes (fondée par Richelieu
en 1664) qui lance la culture du café. Bourbon sera une étape sur la route
des épices. On a besoin de main-d’œuvre, alors les volontaires français
et malgaches ne suffisant plus, en 1718 la Cie autorise la traite des esclaves
noirs - 150.000 africains, malgaches et indiens sont amenés sur place -
la vie s’organise sous la houlette de gouverneurs souvent nuls et véreux.
Puis en 1735,
certains installent ponts, écoles, églises et structurent l’île. La colonisation
est bien installée, le catholicisme se propage.
La culture du
café décline face à la concurrence et est remplacée par celle de la cannelle
et du poivre. Puis à la suite d’une période de violents cyclones, c’est
de nouveau le déclin. En 1790 l’île prend le nom de Réunion ;
pas pour longtemps puisqu’en 1800 elle devient l’île Bonaparte pour
redevenir Bourbon sous l’occupation anglaise de 1810 à 1815 ;
au départ des Anglais elle reprend son nom de Réunion.
Il faut attendre
1815 pour voir renaître la prospérité avec la culture de la canne à sucre.
Mais en 1848, à l’abolition de l’esclavage, on doit faire appel à la main-d’œuvre
malgache africaine et indienne : c’est «l’engagisme ». Les mariages
mixtes vont alors donner naissance au métissage.
En 1852 est
nommé le premier gouverneur créole. La première voie de chemin de fer est
créée 30 ans plus tard et en 1900 c’est l’avènement de l’automobile à laquelle
les Réunionnais vouent aujourd’hui un culte de plus en plus voyant ;
puis le télégraphe vient améliorer les relations, difficiles dans ce pays
si chaotique.
En 1946 c’est
la fin des gouverneurs ; l’île devient un département français à part
entière. Alors commence l’industrialisation et le développement de ce territoire.
La route est désormais le seul moyen de communication au détriment du rail
qui disparaît. Le réseau routier se développe partout où cela est possible
en raison de la topographie très spéciale de ce bout de terre.
Actuellement,
un important service de cars assure la liaison entre toutes les localités.
Un gigantesque
projet, la construction de la route des Tamarins, est en cours de réalisation.
Elle viendra désengorger la route principale qui fait le tour de l’île
et évitera ainsi toutes les villes côtières ; 2OO ouvrages d’art sont
prévus sur……. Une quarantaine de km de tracé !
Située non loin
du tropique du Capricorne, à 800 km à l’est de Madagascar, la Réunion est
le pays aux 200 micro-climats dus à son relief
particulièrement tourmenté. L’année se partage en 2 saisons :
l’été de novembre à avril, chaud et sec et l’hiver pluvieux et cyclonique
de mai à octobre.
La côte est qui reçoit la plus grande partie des précipitations
en raison des montagnes qui bloquent les
nuages et le Sud Sauvage avec ses avancées
rocheuses nous offrent de curieux paysages ; la grève
est formée par la lave noire qui descend du Piton de la Fournaise jusqu’à l’océan
en créant des étendues fantastiques. L’eau
s’engouffre dans les anfractuosités et ressort en gerbes d’écume, jaillissant par les trous de souffleur.
Les forêts de vakoas abritent les nombreux
pique-niqueurs du dimanche.
A l’ouest, le
littoral, protégé des alizés par les mêmes barres rocheuses est une région
sèche. Elle abrite des plages de sable blanc ou noir, le port de St Gilles,
des lagons émeraude et de hautes falaises ;
la barrière de corail protège des requins et de la violence des vagues et
permet de se baigner sans risque au milieu des massifs coralliens et des
poissons multicolores. Les cocotiers complètent
ces clichés de cartes postales.
Les villes nous
réservent aussi de belles surprises ; les superbes demeures coloniales de St Denis et de St
Pierre ainsi que son port de Terre
Sainte ou les ravissantes
cases créoles d’Entre-Deux, petite commune montagnarde.
La physionomie
de l’intérieur est très diversifiée ; d’abord les 3 cirques de Mafate,
Salazie et Cilaos nés de l’effondrement autour du volcan originel, le Piton des Neiges éteint depuis 12.000 ans.
Mafate,
océan minéral tourmenté, lieu hors du temps, le plus sauvage et grandiose, uniquement accessible par des sentiers
escarpés au milieu de la forêt tropicale ou par hélicoptère est peuplé de 750 habitants répartis
sur plusieurs îlets (petits rassemblements de cases). De nombreux
gîtes accueillent les randonneurs.
La Nouvelle, bien que blottie au fond du cirque
est à 1430 mètres d’altitude.
Salazie,
plus verdoyante, permet à ses 8.000 habitants de se consacrer à la culture
maraîchère et à l’élevage du porc et des volailles. C’est dans ses gorges
que coule la Cascade Blanche du haut de ses 600 mètres. La petite ville
de Hell- Bourg, ancienne station thermale est charmante avec ses cases
colorées et son jardin Botanique Folio.
Cilaos, réputé pour ses lentilles, son vin
ses dentelles et ses eaux thermales est l’image montagnarde
de l’île. On peut faire d’agréables ballades dans sa forêt de cryptomérias. La route panoramique aux 300 virages en épingle à cheveux sur une distance
de 20 km à peine, construite en 1927, permet aux 6.000 habitants du
cirque de commercialiser leurs productions.
L’activité touristique
y est très importante ; c’est aussi le point de départ pour l’ascension
du Piton des Neiges, sommet culminant
de l’océan indien (3070 m). On l’atteint après 5 h de marche d’un niveau
difficile.
Emotion forte
assurée aussi lors de l’incontournable montée au cratère
du volcan de la Fournaise, le plus actif de la planète, crachant
sa lave 1 ou 2 fois par an depuis 30.000 ans et pourtant
ne présentant pas de véritable danger.
Haut de 2.366
m, il domine les grandes caldeiras (dépressions) qui l’entourent comme la
Rivière des Remparts, la Plaine des Sables,
véritable paysage lunaire et l’enclos de Bellecombe.
La lave
qui s’écoule sur le versant descendant sur l’océan façonne des reliefs fantastiques.
Les innombrables
cascades, malheureusement peu alimentées en ce mois de novembre, participent
à la beauté de l’île.
Une curiosité
encore, les plaines d’altitude ; propices à l’élevage et aux pâturages
elles sont les seules voies de passage entre les 2 massifs volcaniques.
A l’est, la plaine des Palmistes, verte et humide, à l’ouest la plaine des
Cafres, dénudée et fraîche. On passe de l’une à l’autre par le col de Bellevue à 1.606 m.
Autre beauté
naturelle, la forêt primaire de Bébour-Bélouve,
l’une des dernières, magnifique avec ses fougères
arborescentes, ses plantes épiphytes,
ses orchidées, ses lichens et ses arums. Certaines espèces ne se trouvent nulle part
ailleurs sur la planète.
Quant a la flore,
c’est la profusion : daturas, bougainvilliers, fuchsias, hibiscus, frangipaniers,
anthuriums etc.…. mimosas, flamboyants rouges, jakarandas bleus, et les arbres aux troncs démesurés, les banians aux racines
aériennes, les vakoas, les palmiers bonbonnes, les palmistes, les cocotiers…….bref
toute la végétation tropicale.
Il n’en est
pas de même en ce qui concerne le règne animal ; en effet les espèces
sont en nombre limité bien que cette île n’héberge aucun prédateur. La forêt
est assez silencieuse ; les animaux les plus typiques sont le paille-en-queue,
oiseau emblématique de l’océan indien - l’endormi, caméléon de Madagascar
- le petit caméléon - le margouillat, petit lézard rose - le tangue, genre
de hérisson apprécié pour sa chair - le tisserin
qui tisse un nid ovale avec des brindilles - le tec-tec, petit oiseau endémique
qui suit les randonneurs - le cardinal - le merle de Maurice - le merle
endémique - beaucoup de papillons - le babouk, grosse araignée inoffensive
- le gros crapaud des montagnes - le phasme et quelques autres. Dans les
espèces disparues on ne peut pas oublier le Dodo, oiseau mythique qui a
donné son nom à une marque de bière, si bien que l’on voit afficher partout
où elle est en vente le slogan suivant : « LaDoDoLéLa »
L’océan est
plus généreux et nous comble avec sa multitude de poissons bariolés, ses
requins et ses barracudas, un peu moins sympathiques, mais cantonnés au
large, derrière le lagon. Pour découvrir les 250 espèces de la faune aquatique,
il faut visiter l’aquarium de St Gilles.
Paradis des
randonneurs avec ses sentiers plus ou moins faciles à parcourir, la Réunion
offre d’autres possibilités aux sportifs : surf, canyoning, escalade,
delta plane, plongée sous marine. Pour les plus « mordus », la
participation au Grand Raid surnommé « La Diagonale des Fous ».
Cette course annuelle représente 8.395 mètres de dénivelé positif sur 130
km de sentiers escarpés à travers les 3 cirques. Le meilleur des 3.000 participants
boucle la course en …..18 heures !
Le dimanche
est consacré à la confection du cari, base de la cuisine créole ; famille et amis se retrouvent autour des barbecues
prévus sur les aires de pique-nique, en bord
de mer, dans les ravines ombragées et les forêts.
Le cari au poisson ou à la viande, est servi avec le «grain » c’est
à dire du riz et une légumineuse, lentilles ou pois accompagnés de rougail
épicé. On prépare aussi du rougail saucisses, du porc boucané, des sarcives,
lamelles de porc et de poulet laqué, des piments farcis, des achards, émincés
de carottes, choux et piments crus, des gâteaux patate, des gâteaux au maïs ;
on épice avec le curcuma, le safran local et on boit le punch et le rhum
arrangé.
On danse sur des airs de mayola et de séga au rythme
des djembés accordéons et autres instruments
de percussion.
Mais malgré
ce tableau idyllique la vie n’est pas
rose pour tous ; le taux de chômage est assez élevé, les industries
sont rares ; 2 sucreries subsistent sur les 200 que comptait l’île
au début du 20ème siècle ; le domaine agricole est réduit :
culture de la canne à sucre, de l’ananas,
de la banane, des épices, du géranium et du vétiver pour leur essence, de
la vanille (1% de la production mondiale), du letchi et un peu de maraîchage.
La beauté de
cette île nous fait oublier un instant les problèmes économiques ;
et si par temps clair on a la chance de pouvoir survoler
l’île, c’est l’émerveillement assuré.
Que d’impressions
diverses nous assaillent lorsque le petit engin vient tournoyer au milieu
de ces sites grandioses.
La confrontation
avec ces géants de la nature nous ramène
à beaucoup d’humilité et nous fait prendre conscience de notre vulnérabilité.
Paulette Sauvignet
CULTURE- LOISIRS
La
Réunion, île volcan
Mise
à
jour le
26/08/06